LA LONGUE SCENE 'BARRY LYNDON'

"Nous pourrions juger cette image sans intérêt et pourtant elle révèle une émotion expectative de Marie et réveille aussi en moi quelques bons souvenirs.
Il était tard, très tard lorsque nous avons tourné cette scène, quelques heures d'attente l'ont précédée mais il y a une raison à cela : Raph tournait avec les adolescents qui nous représentaient lorsqu'on était plus jeune, au même endroit. Jeux de regard et jeux dans le noir...D'ailleurs, on peut dire merci aux parents qui ont accepté qu'ils se couchent si tard...
Nous étions à l'affût, rodés et prêts à démarrer lorsque l'impatience s'est emparée de nous. La fatigue générale rendait Raphaël confus mais chacun d'entre nous savait qu'il devait régler cette scène au mieux et qu'il faut du temps pour ça. On aurait pu croire à un concours de décrochement de mâchoire du côté de la table adulte, rires nerveux et autres réactions d'épuisement, (mes zygomatiques s'en souviennent). En revanche, pour vous dire mon point de vue, il me semble que cette fatigue ne fut pas néfaste, nous étions motivés pour faire vite mais avec efficacité. Il y eut donc un moment d'économie d'énergie, de 'stand by' puis Raphaël a fini par dire : "On la tourne". On s'est tous essuyé les yeux, on a baillé une dernière fois, dégluti, et on s'est lancé.
Les six amis les plus proches de Luc se sont attablés dans la maison familiale de Didier pour trinquer une fois encore en son honneur. Ils profitent donc de cette occasion pour se retrouver et se remémorer quelques souvenirs qu'ils ont en commun, entre autres les jeux qu'ils s'étaient inventés quand ils étaient petits. Chacun y va de sa petite anecdote, ce qui montre avec évidence la complicité qui lie les personnages. Mais Didier, toujours obsédé par la présence de Marie au sein du groupe, fait tout pour gêner ou blesser la jeune femme.
Sur la photo on peut voir Marie impassible et à l'écoute des différents discours. Elle est en retrait mais on la sent comme un volcan en ébullition et quand Didier achèvera de la mettre mal à l'aise, elle aura une réaction inattendue, laissant tous les amis ahuris."

Amandine Bessi

 

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UN CERTAIN REGARD

"On a tourné cette scène, dans laquelle Marie prend des photos d'une maison récemment détruite. Ca se passe plusieurs années avant le temps où se passe le film, c'est Marie reporter.
C'est la première scène tournée du personnage de Marie, si je me souviens bien, la première scène tournée du film, aussi. Un souvenir, un flashback sur les ruines de cette vieille maison : le départ de l'aventure !
Après quelques mises en place, on a tourné la scène. Je me souviens bien de "la bonne prise" : quand on sent le mouvement juste, le timing juste. Ce n'était pas très difficile, mais si on pouvait toujours sentir ça avec précision... le bonheur...
A ce moment-là, je me suis dit "voilà, Marie est née".
Sous un ciel bleu, avec seulement le bruit des cailloux, dans un souvenir, sur une ruine. Avec les vieilles baskets de Raph dix fois trop grandes, une vieille veste de ma grand mère dix fois trop petite, et l'appareil photo de Monia, dont les dix mille boutons étranges me font des clins d'oeil malins...
Drôle de baptème ! Le plus dur était loin d'être fait, mais ça y est, on était partis !"

Véronique Lechat

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INSTANT MAGIQUE

Pendant le premier repas à la maison de Didier, les souvenirs affluent. Sandrine évoque une soirée de leur jeunesse : Elyssa et elle avaient trouvé un rituel dans un vieux livre de magie, un charme d'amour qu'elles avaient testé sur les garçons du groupe. En flashback, on voit les mains qui préparent la mixture, des ombres au plafond, des silhouettes qui se rapprochent, se serrent, s'embrassent et s'enfuient dans la nuit de la maison.
« La scène du rituel a été à la fois amusante et difficile à tourner. Nous avions engagé de jeunes acteurs pour interpréter les personnages adolescents. Ils devaient préparer la mixture et jouer avec les lumières des bougies afin de créer une ambiance mystique. La scène se concluait par un baiser caché. Bien entendu, nos deux jeunes acteurs en étaient tout gênés et un peu honteux. D'autant plus que le reste de l'équipe ne tarissait pas de bons mots et de conseils plus où moins avisés sur la façon d'embrasser une fille... En désespoir de cause, nous avons dû mettre tout le monde dehors, excepté le réa, le preneur de son, les deux acteurs et moi-même, la scripte, afin d'instaurer un peu de concentration. Ils avaient l'air malin, collés derrières les vitres, le regard avide et le sourire au lèvres ! Au final, tout s'est bien passé : un très joli bisou et des applaudissements de toute l'équipe pour les courageux jeunes acteurs. Je ne serais d'ailleurs pas très étonnée d'apprendre que le tournage de cette scène a donné naissance à une jolie histoire d'amour... »

Cécile Béghin

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JEU, SET & MATCH

Une raquette sur un court de tennis... jusque là rien de plus banal, mis à part le fait que c'est Didier qui vient de la lancer de rage pendant la partie de tennis qui les opposaient, lui et Elyssa, à Luc et Marie. Serait-ce son affrontement avec Marie l'après-midi même à la poste, qui le fait douter de plus en plus de l'identité de cette fille surgie de nulle part ou le sentiment de perdre sa place auprès de son ami de toujours ? Toute cette hargne va laisser place à d'autres évènements pour le moins peu enviables...
"Ce que cette photo représente à mes yeux ? Eh bien je suis d'abord contente de l'avoir prise, ainsi. La photographier de près n'aurait eu aucun intérêt, sauf peut-être de mettre en évidence les taches d'eau laissées par la bouteille que Didier a, dans sa colère, littéralement explosé.
En fait dans la scène originelle, il devait la lancer sur Marie, mais il ne le sentait pas ainsi. "
"Fais ton Kinski" lui a balancé Raph, et c'est ce qu'il a fait, à notre grande surprise et joie. En tout cas à la mienne. La deuxième prise fut pire encore... il a d'ailleurs eu beaucoup de mal à s'en remettre. Douce folie furieuse, libératrice de beaucoup de tension... j'en suis presque restée interdite sur le coup... merci Didier ! "

Monia Ghezala

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QUELQU'UN DE DIFFERENT

Touché par la culpabilité, Luc a lui-même invité Marie à partager le séjour du groupe. Les langues se délient, une méfiance s'installe, mais lui se contente d'observer. Il ne veut surtout pas porter de jugement facile sur les gens.
"L'histoire repose sur ce personnage dont le charisme et la générosité lient les différents amis. Il est le centre nerveux du cercle. Pour le rôle de Luc, il m'est apparu très vite la nécessité de le distinguer physiquement des autres. Je recherchais donc un homme noir, et à la même période, j'ai suivi par hasard un débat sur le racisme dans le cinéma français. Les propos m'ont scandalisé. Ma conviction était faite : je voulais donner une chance à quelqu'un de différent. C'est ainsi que deux mois plus tard, j'ai engagé Casimir."

Raphaël Zamochnikoff

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LOST AT HOME

Alors que le groupe se réduit, les tensions augmentent et se resserrent autour de Didier. La maison de son enfance lui paraît soudain effrayante, menaçante même. Ses doutes, ses angoisses l'assaillent de plein fouet !
"La lumière de cette séquence est minimaliste. J'ai utilisé un seul projecteur placé derrière les volets, afin de donner une atmosphère étrange, convenant au sentiment de malaise de Didier à ce moment de l'histoire. J'ai été content de l'entière confiance que m'a accordé Raph pour éclairer cette scène. J'ai compris qu'il suffisait juste d'un peu d'imagination. La lumière permet d'avoir le rendu de l'atmosphère et de l'ambiance de l'oeuvre. Il s'agit à mon sens d'un élément aussi fondamental que le cadre."

Mathieu Guizol

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AMIS DE TOUJOURS (?)

L'amitié et ses valeurs tiennent une place primordiale dans les relations de chacun dans le film et surtout entre Luc et son meilleur ami Didier.
Didier, que se soit pour rester l'exclusif et proche ami de Luc ou pour empêcher tout le monde de souffrir inutilement, va excercer sur Luc une prise de pouvoir et en subir les consequences...
"Dès le premier contact avec toute l'équipe je me suis senti à l'aise et senti une cohésion très forte. Chacun a voulu donner le meillleur de lui-même sur ce projet qui aux yeux de tous était notre projet et non celui d'un seul.
Devant les imprévus et les nombreux désagréments toute l'équipe est restée positive et soudée, par exemple : au moment de tourner les scènes de baignades, nous avons découvert à la plage que des méduses avaient envahi le littoral ! Que cela ne tienne, nous en avons tous pris le parti d'en rire et d'ajouter cette situation au scénario, l'été étant exceptionnelement chaud dans ce film il est normal que les méduses y soient ! Et puis cela ajoute un grain de sable en plus au séjour de nos héros... "

Didier Deveney

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UN AMOUR PARFAIT EST UN AMOUR PERDU

L'Ami de Jamais, c'est d'abord l'aventure impossible du retour vers le passé. Eloignés pendant 15 ans, les amis se retrouvent affectés par de nombreuses désillusions qui concourent à leur gâcher le séjour. Le personnage de Marie Charbonnier (Véronique Lechat) apparaît alors comme le catalyseur des tensions au sein du groupe : elle effectue son propre retour, romantique celui-ci, au nom d'un idéal perdu. Cela lui coûtera cher.
"Mon côté romantique ressurgit constamment dans mes histoires. Je retrouve une fois de plus avec ce film des thèmes qui me sont familiers depuis mes toutes premières armes : dans Esprits de Famille, le Professeur Slone et les Baronnes Goodweather cherchaient à ressusciter le passé au travers des Thanaïdes, mais L'Ami de Jamais semble quand même bien plus proche de Norine, mon premier film, dans lequel le héros abandonnait sa vie pour partir à la recherche de son amour de jeunesse..."

Raphaël Zamochnikoff